La mobilité est la première des missions d'une métropole en 2026 : à Rennes, elle représente 40 % du milliard d'€ de la métropole. C'est une responsabilité métropolitaine : bien que le budget de la ville de Rennes représente environ la moitié avec 460 millions d'€, la mobilité se joue à l'échelle d'au-dessus.

Rennes a fait la une en étant la plus petite ville au monde à adopter sa première ligne de métro. La ligne B est venue compléter cette offre moderne. Mais ces deux lignes de métro ne couvrent que l'intra-rocade d'une métropole qui fait 10 x la surface de sa ville-coeur.
Si quatre lignes de "trambus" sont sur les rails (ou plutôt les routes, car ce ne sont que des bus à haut niveau de service) pour déservir Rennes et la première couronne de communes métropolitaines, les défis mobilité restent nombreux dans cette métropole qui sort de l'ordinaire par son choix de préserver une ceinture verte qui mécaniquement éloigne les autre pôles urbains du centre.
Rennes automobile
Rennes reste une métropole et une ville avant tout automobiliste : sa part modale, de 47 % dans la métropole et de 31 % pour la ville-coeur, n'a baissé que d'1% entre 2018 et 2023 !
Les parts modales semblent figées : tout ou presque reste à faire
Ainsi, si la ligne B du métro, l'essor du réseau Star (+17 % de fréquentation et +16 % d'offre depuis 2019) ainsi que l'essor du vélo via la naissance d'infrastructures sécurisées sont des succès notables, le défi reste conséquent... et toujours plus urgent : l'empreinte climat de la route à Rennes a augmenté de 6 % depuis 2010.
Or les transports dominent les émissions de GES de la métropole avec une part de 44 %. Les émissions globale par habitant ont quand à elles baissé de 7 % : il est urgent d'enfin décarboner les transports rennais.
La tendance de réduction du trafic routier n'est pas compatible avec les limites planétaires
Le covoiturage n'a pas décollé à Rennes, avec 1,04 personne par véhicule pour les trajets domicile-travail.
Les véhicules électriques des particuliers, contrairement au réseau Star (grâce à la commande massive de bus électriques), n'ont pas fait la transition vers l'électrique ni vers plus de sobriété en termes de poids et de puissance.
Le pourcentage de voitures électriques neuve n'augmente presque pas chaque année
Rennes cyclable
Part modale et pollution
La part modale du vélo reste faible à Rennes, malgré un potentiel très élevé.
La part modale serait de 7 % en 2024 (3,5 % en 2018 (source Audiar)extrapolés à 7 % grâce au doublement mesuré des trajets à vélo (source Métropole). Cette part modale est inférieure à l'ambition de 9 % pour 2024 au niveau français (urbain comme rural) du plan vélo national.
36 % des trajets en voiture font moins de 3 km (10 minutes à vélo) et 67 % dans la métropole source Audiar 2018
Directement liée aux km roulés et marchés, l'empreinte climat de Rennes métropole ne baisse pas suffisamment vite : - 42 % d'effort à faire entre 2019 et 2030 selon le PCAET, dont la moitié est due au transport : voitures et déplacements thermiques pour 70 %, marchandises pour 30 % (source Mensuel de Rennes novembre 2025). Aux côtés des transports en commun et de l'électrification des véhicules, vélo et marche ont un un grand rôle à jouer dans cette trajectoire.
Le ressenti des cyclistes
Le baromètre des villes cyclables donne une bonne note à Rennes et Acigné, au milieu d'autres communes au score moins élevé dans la métropole.
La limitation principale de ce sondage est qu'il ne sonde que les cyclistes déjà pratiquants (90 % des réponses sont des cyclistes pratiquants, dont seulement 2 % de débutants).
La réponse négative à la question "Pour les enfants et les personnes âgées, circuler à vélo est..." donne le ton sur l'accessibilité du vélo pour les publics plus vulnérables. Au-delà du ressenti, l'analyse cartographique des infrastructures cyclables montre de beaux changements mais un ensemble encore insatisfaisant.
L'infrastructure vélo
Rennes a commencé son réseau express vélo avec un accent mis sur les liaisons couronne - Rennes, mais le réseau est presque absent dans commune de Rennes (intra-rocade). Les lignes de trambus prévues ajouteront des km de voie cyclable propre, mais après 2030 et en étoile depuis le centre, République.

À cela s'ajoute un manque de liaisons radiales dans la couronne (entre les communes sans passer par Rennes).
L'évaluation ouverte villes.plus analyse le pourcentage de trajets randomisés qui est cyclable. Rennes ville est à 3,3 km sur 10, [la métropole](https://villes.plus/cyclables/Rennes Métropole) est à 2,9 km sur 10.
Le vol de vélo
Une augmentation du vol de vélo accompagne le doublement des km faits à vélo. Ce problème touche les arceaux publics, mais également les garages vélo dans les résidences.
La question du budget
Faire des voies cyclables en site propre en plus ou en prenant de la place sur les chaussées existantes, cela coute cher et prend du temps. L'aménagement du REV Chantepie<->Rennes s'étale maintenant depuis un an et n'est pas terminé, alors qu'il n'avait même pas l'ambition d'aller jusqu'au centre-ville. Si souvent il n'y a pas le choix, il faut réduire la place allouée aux automobiles, dans bien d'autres cas d'autres changements sobres permettent d'augmenter la sécurité et l'attrait des itinéraires vélo. Plans de circulation, "vélorues" à 20 km/h aussi bien urbaines que périurbaines ou rurales en créant des impasses artificielles ne pénalisant pas les riverains, voies vertes... il existe toute une gamme d'aménagements plus sobres déjà compilée et décrite précisément par le Cerema, qui produit une littérature scientifique et à la fois simples d'accès, par exemple "Rendre sa voirie cyclable, les clefs de la réussite".

En outre, n'oublions pas que l'investissement dans le vélo et dans la marche urbaine sont des investissement rentables à court-terme, ce qui est d'autant plus important que le budget de la métropole de Rennes a été amputé de plusieurs millions d'€ sur le milliard qu'il représente au total. Rien que sur la verticale santé, chaque km de vélo c'est 1 € de coûts de santé collectifs évités selon l'institut Pasteur.
Or le budget est actuellement de 34,5 €/an/habitant en 2024 soit 16 millions d'€ par an. 16 millions, c'est le gain sur 5 ans pour chaque pourcentage supplémentaires de Rennais qui se mettront à rouler 2 km chaque jour, sans compter les autres bénéfices du vélo en ne comptant que les frais de santé évités. La voie cyclable est un investissement très rentable, qu'il faut développer davantage.
Du côté des piétons
Rennes bénéficie de la plus grande ZTML (Zone à Trafic Motorisé Limité) de France après Paris (il n'y en a que 4). La piétonnisation de nombreuses places (à l'occasion du métro B : Saint-Anne, Saint-Germain ; la Parcheminerie, le Champ Jacquet bientôt terminé) est un succès que seule la critique sur leur caractère trop minéral vient nuancer.
Hors de l'hyper-centre de Rennes pourtant, les zones piétonnisées sont rares, ou incomplètes : à titre d'exemple, la cohabitation avec les automobilistes au centre de la Courrouze est difficile (les panneaux d'enfants dessinés ne suffisent clairement pas à réduire la vitesse d'après les habitants) ; de même la voie cyclable trop peu séparée (ni visuellement, ni en relief) du trottoir au métro Joliot-Curie est sujette à des conflits réguliers.
Globalement, les intersections piéton-cyclistes, et encore plus piéton-trottinette-électrique se sont ajoutées aux problèmes piétons-automobilistes déjà existants.
L'insécurité routière devance le narcotrafic
Rennes ne se distingue pas par rapport à l'insécurité routière française : il y a environ 50 morts par an par million d'habitants. C'est deux à trois fois plus que dans les pays nordiques.

Dans le département, l'alerte a été sonnée par la préfecture notamment sur la vulnérabilité des deux roues : 2 % du trafic, pour 23 % des personnes tuées et 32 % des blessés graves.

En particulier, l'année 2025 a été meurtrières pour les piétons et cyclistes avec 11 morts et environ 20 plus de blessés, soit plus de 200 (Source : Observatoire de Sécurité Routière Novembre 2025, calculs Équinoxe janvier 2026).

Bien sûr, il serait incohérent d'établir une hiérarchie entre ces sources d'insécurité : le narcotrafic ne se résume pas aux seuls morts chaque année. Nous voulons lutter contre ses deux sources majeures d'insécurité dans la métropole.
Les dépassements de vitesse automobile
Rennes est passée à 30 km/h sur l'essentiel de son linéaire routier, mais le seul compteur dont les données sont ouvertes, installé par Airparif dans le boulevard Laennec limité à 30 km/h, montre que 7 automobilistes sur 10 y dépassent la limite de vitesse.

Rien d'étonnant : les contrôles par la police nationale ont été très rares en 2024.
Or la vitesse des automobilistes, camions et cars est l'un des facteurs prépondérants de l'insécurité routière, pour les cyclistes, les piétons mais bien sûr aussi les automobilistes eux-mêmes. Il est scandaleux qu'en 2026, conduire une voiture à 30 km/h en zone 30 provoque klaxons et dépassement sauvages sur les routes de la métropole.
"Ce sont les vitesses réelles des véhicules motorisés et non la vitesse limite autorisée qui conditionnent la sécurité et le ressenti de sécurité vécu par les cyclistes", écrit le Cerema.
Faire respecter la loi, c'est aussi le meilleur moyen de ne pas se ruiner en doublant le linéaire de routes par de coûteuses voies cyclables en voie propre.